• Jérôme Korkikian, le réalisateur

    Jérôme Korkikian, le réalisateur

    09/06/2010

    Qui n'a pas rêvé un jour ou l'autre de changer de vie, de prendre une autre route que celle qui semble tracée d'avance, de sortir de la norme, de découvrir un autre univers ?

    Lorsqu'on est journaliste et qu'on travaille comme je le fais souvent, en immersion, plusieurs semaines ou plusieurs mois, dans des milieux qui nous sont étrangers, on connait pourtant de tels moments. En allant à la rencontre des autres, en vivant jours et nuits au quotidien avec des hommes et des femmes qui vivent autrement, notre propre vie change. Nous faisons des rencontres souvent fortes, nous partageons des moment intenses, nous entrons rapidement dans l'intime.

    Mon travail est de raconter ces moments, de faire découvrir aux spectateurs ces univers, de mettre en avant l'humain. Il y a sans doute plusieurs façons de raconter ces histoires, mais lorsque je mets en place un nouveau projet j'essaie de ne pas me répéter, de faire une proposition inédite. C'était le cas notamment lorsque j'ai proposé et réalisé les séries documentaires “Ma Vie Aux Urgences”, c'est le cas aujourd'hui avec “Dans un monde à part”.

    “Dans un monde à part” est un film de découverte, d'expérience humaine, de rencontres et de dépaysement.
    On suit le parcours d'une jeune femme, Sidonie Bonnec, qui entre en immersion dans un milieu qui n'est pas le sien : 3 semaines en Atlantique Nord, 15 pêcheurs et une seule femme à bord.


    Cette expérience de vie est justifiée, ce n'est pas un jeu de rôle.

    Sidonie Bonnec fait tout simplement son travail de journaliste. Cependant, ici, son apprentissage, ses sentiments face à l'inconnu, son ressenti face au milieu dans lequel elle s'installe ne sont pas occultés. Ils font partie du récit. L'affectif et le subjectif sont assumés.

    Avec elle, c'est le téléspectateur qui fait ses premiers pas. Sidonie Bonnec n'arrive pas en terrain conquis, elle n'est ni aguerrie, ni blasée.
    Il y a tellement d'endroits où malgré nos compétences journalistiques nous sommes des novices.

    Car après tout, découvrir “un autre monde” se mérite. Aller au devant des autres, s'installer pour faire parler ceux qu'on n'a pas l'habitude d'entendre ou qu'on n'a pas l'habitude de voir se gagne. C'est aussi cela que nous montrons. Non pas pour afficher la difficulté de la démarche, mais parce que, dès la première rencontre, le rapport est établi et que l'apprentissage mutuel entre le journaliste et le milieu visité est déjà révélateur, source d'enseignements et d'informations.

    Sidonie Bonnec réussit à nous faire vivre la découverte de ce “monde à part” et avec elle, nous rencontrons des personnages forts qui se livrent comme ils ne se sont jamais livrés à leurs proches. En ce qui me concerne, “Dans un monde à part”, dans sa préparation, son tournage physique et difficile, les rencontres sur le terrain, l'élaboration de sa nouvelle écriture et les retours que j'en ai eu, est l'une des expériences professionnelles et humaines les plus fortes que j'ai connue. Parfois enthousiasmante, parfois éprouvante, toujours passionnante. Comme toujours, mon but est qu'en définitive, cette énergie, cette envie de trouver de nouvelles voies pour raconter des histoires atteigne et touche le public. C'est mon métier, ma vie, mon monde à part.


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