Lettre ouverte à M6 à propos du reportage sur Burning Man diffusé le 29 août 2007
J'ai visionné hier au soir l'enregistrement de l'émission "Zone interdite" et plus précisément le reportage consacré à Burning Man diffusé le 29 août sur votre chaîne. En préambule, il vous faut savoir que j'ai vécu cette expérience trois fois : en 2002, 2005 et 2006.
L'image que votre reportage donne du festival est bien éloignée de la réalité de ce qu'est Burning Man; les journalistes présents sur place s'étant visiblement laissés emportés par les émotions générées par la connexion directe établie entre leur nerf optique et leur système limbique. Il vous faut comprendre que pour la majorité des participants qui vivent cette expérience, Burning Man n'est pas un lieu de débauche mais une parenthèse dans leur vie de tous les jours durant laquelle ils vont pouvoir s'exprimer en toute liberté et selon toutes les formes imaginables.
Si la réalisation de votre reportage est de qualité, (c'est indiscutable) et que la photographie est très belle - à l'exception des inutiles plans serrés faits sur certaines parties de l'anatomie de participant(e)s - la chronologie donnée est quant à elle totalement erronée : le Man brûle le samedi soir et les temples ne sont mis à feu que le lendemain, par ailleurs des événements tels que le "Critical Tits" ne sont pas le fruit d'une improvisation, car si Burning Man est un terreau fertile à la création spontanée, bon nombre de projets ont nécessité, à l'image d'Uchronia, une préparation dont on ne soupçonne que peu l'importance. Je ne parlerai pas de la narration qui fait l'apologie d'une vision du projet que je ne partage pas. Par ailleurs je suis fort étonné que vous ayez pu filmer certaines scènes sans déclencher l'ire des participants, en outre, ce faisant, vous avez dérogé à la sacro-sainte règle de non-diffusion d'images du festival dans un but commercial.
En suivant l'aventure des deux français établis à New York, vous donnez l'image d'un lieu où la dynamique communautaire n’est régie que par l'abus de substances illicites, d'alcool et de sexe. Ce faisant, vous omettez totalement de parler de l'essence même de la manifestation : l'art. Jamais je n'ai vu une telle créativité exprimée avec autant d'euphorie : les performances sont démentielles, surprenantes toujours, touchantes souvent, gênantes parfois. Des projets ont été créés par l'intermédiaire du net, à des milliers de kilomètres de distance par des participants qui ne se connaissaient pas et qui se sont rencontrés pour la première fois à Black Rock City.
La substance même de l'événement est le partage puisque Burning Man n'existe que parce que toute personne s'y rendant apporte une pierre à l'édifice par un don fait au reste de la communauté. Durant cette semaine hors du commun, le simple fait d'être simplement soi-même, de partager ses émotions, son art, son repas ou une discussion avec d'autres participants sont des actes qui cimentent les liens au sein de cet énorme groupe dont la cohésion est tout simplement étonnante.
Burning Man m'a changé à jamais et m'a touché à un point que seuls ceux qui l'ont vécu peuvent le comprendre. Aussi, fasse que votre reportage ne donne pas envie à des individus en mal de tourisme sexuel de traverser l'Atlantique pour se rendre dans le désert du Nevada l'an prochain. Votre vision de Burning Man a certainement du en émoustiller plus d'un; moi elle m'a donné envie de pleurer …
Laurent