Derrière ses plages paradisiaques, ses eaux turquoise, ses rivières millénaires et sa forêt luxuriante, le Mexique n’a plus d’eau. Le pic est atteint au printemps 2024, lorsque 85 % du territoire est officiellement déclaré en état de stress hydrique, avec un accès à l’eau potable de plus en plus rare. En cause, le réchauffement climatique qui frappe le Mexique plus fort encore que le reste de l’Amérique latine, mais pas seulement. La course au développement économique, nécessaire dans un pays où 30 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, détruit à petit feu les ressources. Dans le Yucatan, centre névralgique du tourisme mexicain, les millions de visiteurs et de travailleurs nouvellement installés ont fait exploser la consommation d’eau. Et la construction du Train Maya, destiné à développer encore davantage le secteur, a conduit à polluer, voire à détruire des milliers de cénotes, ces lacs souterrains qui constituent la seule réserve en eau potable de la région. Dans le Chiapas, l’eau ne coule plus que quelques heures par jour dans les cuisines et les salles de bains. Et si les habitants n’ont pas le droit de puiser dans les nappes phréatiques, la société Coca-Cola a, elle, obtenu par contrat avec l’État du Chiapas l’autorisation d’utiliser des millions de litres d’eau pour fabriquer ses bouteilles de soda. L’or bleu devient un trésor qui attise les convoitises. Et dans ce pays où les cartels investissent les secteurs les plus lucratifs de l’économie, dans certains États, l’eau est désormais l’objet d’une lutte armée. Au Michoacan, des narcotrafiquants armés chassent les paysans de leurs terres. L’eau est pillée, revendue à prix d’or ou trafiquée vers d’autres secteurs à fort rendement comme la culture de l’avocat. Mais la résistance s’organise, comme dans la ville de Coahuayana où les habitants ont pris les armes pour se défendre. Au Mexique, la guerre de l’eau est déclarée.
Quatre fois plus grand que la France, le Mexique, avec ses 130 millions d’habitants, est le pays de tous les contrastes. En matière de sexe et d’amour, les coutumes varient d’une province à l’autre, d’une communauté à l’autre. Malgré le poids de la religion catholique et des valeurs familiales, la jeunesse bouscule les interdits et prône la liberté de mœurs. Résultat, le Mexique est à la fois l'un des pays les plus conservateurs et les plus progressistes d'Amérique Latine. Huit couples sur dix se marient encore à l’église. Nos équipes ont suivi la célébration de l’union de Martha et Sebastian à Merida, riche ville coloniale du Yucatan. Ici, la règle est stricte : pas de relations sexuelles avant le mariage. Et une enquête approfondie sur leur passé doit formellement l’attester. Célibataires, Samantha et Hugo s’affranchissent eux de ces règles de conduite. Ils n’hésitent pas à fréquenter les love hôtels, de vieux établissements reconvertis en lieux de plaisirs. Mexico City est la capitale qui en compte le plus au monde. Si le mariage homosexuel a longtemps été interdit, des communautés transgenres sont reconnues depuis longtemps. Au sein de la population indigène des Zapotèques, l’une des plus anciennes du pays, les muxes, un troisième genre, sont parfaitement intégrés, et même enviés. Nés hommes, ils se travestissent et endossent un rôle 100 % féminin. Dans la plupart des villages de l'État de Oaxaca, dans le sud du pays, on organise même de grandes fêtes populaires en hommage aux muxes. Dans le même temps, le machisme est présent partout. L’égalité homme-femme est loin d’être acquise. Et l’influence de la culture narco favorise l’image de la femme-objet. À Culiacan dans l’État du Sinaloa, fief du baron de la drogue El Chapo, les équipes sont parties à la rencontre de ces femmes de narcotrafiquants, les buchonas. Soumises et prêtes à tout pour plaire à leurs hommes. Aux antipodes de la femme objet, une nouvelle génération émerge. Quimera est catcheuse, c’est l'une des premières femmes à s'imposer dans ce sport exclusivement masculin. Une façon bien à elle de combattre les machos sur le ring. Dans la rue, le combat continue au rythme des nombreuses violences faites aux femmes. Le Mexique détient en effet le triste record du monde de féminicides : onze femmes sont tuées chaque jour. Régulièrement, de plus en plus de femmes défilent, hurlant leur colère. Principale raison à ces décès : une société ultra patriarcale, mais aussi une justice défaillante. Au Mexique, 90 % des féminicides sont impunis, à cause d’enquêtes bâclées. Les autorités mexicaines en maquilleraient même certains en suicides… Un paradoxe de plus dans un pays attaché à l’image des mariachis et où l’on continue à cultiver le romantisme à l’ancienne.
C’est l’histoire d’une frontière entre deux mondes que tout oppose, sur l’île d’Hispaniola, dans les Caraïbes. À l’est, la République dominicaine avec ses plages de rêve, ses cocotiers et son économie prospère boostée par le tourisme. À l’ouest, Haïti, un pays aux antipodes, gangrené par l’ultra violence. Dans la capitale, Port-au-Prince, les équipes d’Enquête Exclusive sont allées à la rencontre des gangs qui mettent ce pays à feu et à sang. Pour fuir le chaos et les exactions, les Haïtiens cherchent refuge en République dominicaine. Mais depuis octobre 2024, le président dominicain Luis Abinader a lancé une politique de déportations massives. Objectif : expulser 10 000 Haïtiens par semaine. Pour y parvenir, le gouvernement s’est doté d’une terrifiante police spéciale de l’immigration. Des hommes armés et cagoulés, souvent à moto, organisent des rafles brutales. Hommes, femmes et enfants sont attrapés sans ménagement sur les routes, à la sortie des églises pour être entassés dans de véritables camions-prisons. Exceptionnellement, nous avons pu embarquer avec ces policiers aux méthodes aussi violentes que contestables. Mais cette politique d’expulsion est-elle vraiment efficace ? Aussitôt renvoyés en Haïti, les expulsés repassent clandestinement avec l'aide de passeurs sans scrupules. Nous avons suivi Rémy et son épouse, depuis leur expulsion jusqu’à leur retour. Au péril de leur vie, ils ont filmé leur traversée illégale en caméra cachée, pour que le monde entier découvre ce qui se passe réellement entre Haïti et la République dominicaine. Une enquête à la frontière de l’enfer.